
La guerre des clans pour la succession du Président Paul Biya prend aussi la forme d’une bataille d’audits, tous prescrits par le Président camerounais, et, tous instrumentalisés par les différentes factions dans leur affrontement au sommet. Une telle configuration contribue à neutraliser la justice, à la rendre prisonnière des logiques de contrôle et de conquête de l’exécutif, à construire des réseaux d’allégeances complexes à tous les niveaux de l’administration étatique.
Notre rédaction a fait un petit détour par deux grands moments de cette bataille des audits depuis 2020 afin de mieux vous éclairer sur la question.
Dans un décret signé le 22 juillet 2020, le Premier ministre fait une allocation de 1,2 milliard de FCFA pour que l’opération de contrôle de la gestion des fonds Covid-19 soit effectuée par la Chambre des comptes de la Cour suprême. L’audit visé ici touche différentes administrations et concerne plusieurs milliards de FCFA. Il s’agit notamment du fonds spécial de solidarité mis en place par le chef de l’État et doté d’une enveloppe de 180 milliards de FCFA ; d’une facilité de 214 milliards de FCFA, accordée par le FMI ; des dons effectués par les entreprises dans le cadre de la chaîne de solidarité mise en place dans le cadre de la lutte contre la pandémie, etc.
Malgré ces dispositions prises par la primature, le 29 mars 2021, le secrétaire général de la présidence de la République (SGPR), Ferdinand Ngoh Ngoh, adresse à la ministre déléguée à la présidence en charge du Contrôle supérieur de l’État, une correspondance lui prescrivant, sur instruction du chef de l’État, l’accélération de l’audit de la gestion des fonds mis à la disposition des différentes administrations publiques, dans le cadre de la riposte contre la pandémie du Covid-19 au Cameroun. À en croire le SGPR, le rapport de cet audit « faciliterait la conclusion avec le Fonds monétaire international (FMI) d’un nouveau programme économique et financier ».
Toutefois après l’audit de la Chambre des comptes de la Cour suprême mettant en lumière plusieurs cas documentés de détournements de deniers publics et de surfacturations, Ferdinand Ngoh Ngoh est convoqué « physiquement » le 18 octobre 2022 par les enquêteurs, afin d’y être auditionné dans le cadre du « Covidgate ». Seulement Ngoh Ngoh a refusé d’aller se faire auditionner car aucun indice sérieux ne justifie qu’il soit visé dans le cadre de cette procédure et donc, entendu. D’après ses partisans, les détournements et autres irrégularités dénoncés par le rapport de la Chambre des comptes de la Cour suprême sont antérieurs à la création au sein de la présidence de la fameuse task force à laquelle le gouvernement avait délégué la gestion de la riposte anti-Covid.
En outre sur le plan de la justice, Ngoh Ngoh ne contrôle que le Contrôle Supérieur de l’Etat, point de départ par excellence des affaires de l’Opération Épervier. C’est cet organe qui, sur ordres du SG/PR, a ouvert les enquêtes sur la gestion des lignes budgétaires 94 et 65.
En effet, dans une lettre signée le 18 janvier 2022 et adressée au ministre en charge du CONSUPE, Mbah Acha Rose Fomundam, le secrétaire général de la présidence de la République (SGPR), Ferdinand Ngoh Ngoh, indique que le président de la République, Paul Biya, a demandé à cette structure placée sous son autorité, de « procéder à l’audit de la gestion des ressources issues des chapitres budgétaires 65 et 94 sur la période de 2010 à 2021 ». Selon les lois de règlement, qui arrêtent le montant définitif des recettes et des dépenses du budget de l’État, entre 2010 et 2021, les dépenses publiques exécutées sur les lignes budgétaires 65 et 94 ont dépassé les 5 400 milliards de FCFA. C’est sur la gestion de ces ressources, qui représentent 12% des dépenses générales de l’État réalisées sur la période sous revue (voir tableau), que portait l’audit conduit en ce moment par les services du Contrôle supérieur de l’État (CONSUPE).
Même s’il espérait par le biais de cet audit, épingler des cadors du clan Esso, seul un procès s’en suivra au Tribunal criminel spécial (TCS) sur une affaire de détournement présumé de plus de 700 millions de FCFA, à travers des missions fictives exécutées sur ce chapitre entre 2015 et 2017.
Le Ministre D’Etat, Secrétaire General de la Présidence de la République souhaite donc désormais étendre son influence à l’institution judiciaire en manoeuvrant pour que ses proches au Conseil Supérieur de la Magistrature fasse nommer ses fidèles dans les cours. Cette guerre ouverte avec l’actuel ministre de la Justice vise à éliminer stratégiquement des adversaires gênants qui pourraient nuire à ses ambitions affichées d’accéder à la magistrature suprême. Une stratégie qui semble déjà bien comprise dans le camp d’en face qui multiplie les enquêtes autour des principaux dossiers de détournements de fonds ayant suscite la clameur publique et mis en disgrâce auprès du peuple le très controverse Ministre D’Etat, Secrétaire General de la Présidence de la République.
<a href= »https://afrikatime.com/wp-content/uploads/2025/06/fiche_040125_043334.pdf » download style= »display: inline-block; background-color: #1F82BE; color: #ffffff; padding: 12px 24px; border-radius: 8px; text-decoration: none; font-weight: bold; text-align: center; »>
📄 Voir ou Télécharger le PDF
</a>
Constant ANGOUDJO







