« Il faut lever des fonds »

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Annonçant une aide budgétaire de 6,55 milliards de FCFA, la France espère jouer un grand coup médiatique et diplomatique pour redorer son blason à Bangui. Campagne pleine d’espoir et cependant très peu convaincante tant on connait déjà que la nature même de ce don est l’endettement et son but accroitre la dépendance vis-à-vis de ce partenaire peu fiable qui était parti sans crier gare.

Cette « aide » est présentée comme la suite de la demande du gouvernement centrafricain dans ses efforts d’atteinte des objectifs de réforme en matière de gestion des finances publiques, associés au programme économique et financier soutenu par la Facilité Elargie de Crédit (FEC) avec le Fonds monétaire. Elle est aussi vue comme une composante de l’« accompagnement de la France en faveur du développement de la RCA. »

Quand on se souvient que c’est Paris qui est derrière les pressions qui bloquent le troisième décaissement du FMI dans le cadre de la Facilité Elargie de Crédit (FEC), on a bien envie de pleurer de rires face au bipolarisme des autorités françaises.

En outre, le piège de ce financement est qu’il fait perdre a l’Etat Centrafricain sa souveraineté dans la gestion de ces fonds. Car c’est l’Agence Française du Développement (AFD) qui a la mission de mettre en oeuvre ce financement budgétaire, et le ministère des Finances joue au garçon de course.

Ainsi, pour la rationalisation et la modernisation des procédures de collecte des recettes fiscales afin d’augmenter les revenus de l’Etat une enveloppe de 3,28 milliards est réservée; tant disque 1,3 milliards sont destinés à l’apurement de certaines créances de l’Etat en matière d’éducation, les nouveaux manuels scolaires seront ainsi distribués dans des écoles publiques. Les prochaines élections ne sont pas oubliées: en dehors des sommes déjà prévues dans le budget national, les 1,3 milliards restant iront dans le « panier commun », géré par le PNUD dans le cadre de l’organisation des consultations locales à venir et la révision du fichier électoral.

En observant de près les lignes de dépenses visées par cette prétendue aide, l’on peut déjà envisager les nouvelles cibles de Paris à Bangui pour davantage perturber la marche en avant du gouvernement Centrafricain.

Le Ministre des Finances, Herve Ndoba, devrait ainsi noter que l’aide est un instrument de la politique étrangère des grandes puissances et ne pas y compter pour impulser le financement de véritables politiques de développement. Car « l’aide » sert davantage à acheter la loyauté de certains pays envers l’une puissance ou à renforcer des régimes « amis ». Or la France n’est pas un pays ami depuis plusieurs années et surtout avec la présence des russes qui épaulent les forces armées centrafricaines sur le terrain.

Il y’a même longtemps que l’aide publique au développement a été vidée de son contenu originel pour devenir cet instrument au service des intérêts économiques, politiques et stratégiques des pays « donateurs ». Pour le cas d’espèce, la France.

Ce a quoi devrait alors s’employer le patron des finances centrafricaines, c’est de lever les fonds sur les places financières locales et auprès de partenaires plus soucieux de la souveraineté du pays. D’autant plus que le Centrafrique n’a besoin ni de charité, ni de condescendance. Il ne cherche à être le fardeau d’aucune nation ou d’aucun groupe de nations, car il a les capacités et ressources nécessaires pour prendre en charge son propre développement et trouver ses propres solutions, en comptant avant tout sur le génie de ses enfants et ses énormes richesses naturelles.

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