
La République Démocratique du Congo est l’objet d’une guerre économique majeure entre pays occidentaux, expuissances colonisatrices, et la Chine, nouveau leader des investissements du secteur dans le pays.
Selon la Chambre Congolaise des Mines, les investisseurs chinois contrôlent environ 70 % du secteur minier de la RDC. La RDC possède d’importants gisements d’or et fut le troisième plus grand producteur de diamants industriels en 2019, contribuant à environ 21 % de la production mondiale.
De l’avis de Neal Froneman (photo), PDG du groupe sud-africain de métaux du groupe de platine et d’or Sibanye-Stillwater, pour devenir un partenaire privilégié des États africains, les gouvernements occidentaux « doivent faire beaucoup de ce que les Chinois ont fait en matière de construction d’infrastructures et d’aide aux entreprises ».
Cette sortie relayée lundi 5 février 2024 par Reuters, intervient alors que l’Union européenne et les États-Unis multiplient les initiatives en faveur du secteur minier africain. Parmi ces projets, on retrouve les investissements pour le développement du corridor de Lobito afin de favoriser les exportations zambiennes et congolaises de cuivre et cobalt, la construction d’une usine de production de nickel de qualité et de batterie en Tanzanie, ou encore le soutien au développement d’une unité locale pour les matériaux de batteries électriques entre la RDC et la Zambie.
Au-delà de es projets qui visent la concurrence loyale, les pays occidentaux multiplient les mesures contraignantes devant renforcer leur presence et leur contrôle du secteur minier congolais.
Ainsi le président de la sous-commission Afrique de 5 la chambre des Représentants des États-Unis, John James, a présenté, le 11 juillet 2023, un projet de loi exigeant la mise en place d’une stratégie nationale pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques présent en République démocratique du Congo (RDC).
Face à ce que Washington considère comme la mainmise chinoise sur la chaine d’apprivoisement des minerais critiques dans le monde et en particulier en RDC, cette loi a pour ambition de combler ce retard stratégique des États-Unis vis-à-vis de la Chine, son « adversaire stratégique numéro un ». À la lecture de ce projet de loi, la RDC peut éventuellement devenir un lieu d’affrontements commerciaux brutaux entre les deux puissances.
Le projet de loi débute par un certain nombre de constats, notamment le fait que « la RDC dispose des réserves mondiales de minéraux de terres rares et autres minéraux critiques, y compris les gisements de cuivre, de cobalt, de lithium, de niobium, de germanium et de tantale » sans compter qu’elle est le premier producteur et exportateur de cobalt et le deuxième en ce qui concerne le cuivre. En parallèle, ce projet de loi reconnaît également que la République populaire de Chine (RPC) a un quasi-monopole du secteur minier du cobalt en RDC du fait que 15 de ses 19 mines de cobalt sont détenues ou financées par la Chine qui, en plus, raffine 80% du cobalt mondial et 60% du lithium.
Sur le plan interne, ce projet de loi indique que l’Agence Nationale Américaine en charge de la Sécurité Routière nous renseigne que les coûts des technologies nécessaires pour que les fabricants automobiles atteignent leurs objectifs industriels pourraient augmenter de 90 milliards USD et que le coût des véhicules neufs pourrait, par conséquent, augmenter de plus de 1000 USD en moyenne pour les citoyens américains.
Sachant qu’environ 30% des véhicules qui seront vendus dans le monde d’ici 2030 seront électriques, ce constat démontre que les États-Unis confirment, via cette loi, qu’une grande partie leurs industries automobiles est grandement dépendante de la Chine via le contrôle que celle-ci exerce sur la chaine d’approvisionnement des minerais critiques, notamment en RDC.
En votant cette loi, les parlementaires Etatsuniens considèrent que l’absence de contrôle de la RDC est une menace à l’indépendance énergétique et militaire des Etats-Unis du fait que la Chine profite du chaos généralisé découlant de la déstabilisation en RDC pour contrôler la quasi-entièreté de la chaine d’approvisionnement des minerais critiques présent dans ce pays. Dès lors, le contrôle de la RDC devient un facteur favorable à la sécurité des États-Unis.
Ainsi selon des experts cette loi implique que l’administration américaine devra élaborer une stratégie qui consiste globalement à obtenir des informations à jour sur l’existence, l’exploitation et la commercialisation des minerais critiques en RDC ainsi que des moyens de sécurisation leurs chaines d’approvisionnement au profit de l’économie américaine. Le but ici, pour les Etats-Unis, est d’obtenir le maximum d’informations possibles pour pouvoir agir de manière efficace face à ce qu’ils considèrent comme la menace chinoise en RDC. Une telle perspective ne saura faire de ce pays qu’un espace de prédation internationale avec perte de la souveraineté de l’Etat Congolais. Cette situation que certains experts de la géopolitique néo-libérale nomment : la doctrine de « l’équilibre géostratégiques des puissances ».
Certainement est-ce le bon moment pour la classe politique congolaise de se souvenir de cette sagesse de Patrice Emery Lumumba : « Le Kongo n’est pas grand mais exige de nous de la grandeur ».
📄 Voir ou Télécharger le PDFConstant ANGOUDJO







